Partie 2 sur 3 · La voie proposée

Garder le registre. Rendre son administrateur remplaçable.

Internet a toujours besoin d’un registre unique et fiable indiquant qui utilise quels numéros. Il n’a pas besoin d’un contrôleur d’accès. Ma proposition ramène le rôle des registres à la tenue de cet enregistrement, permet à chaque réseau de le vérifier et de quitter un administrateur défaillant, et rend toutes les autres décisions à ceux qui exploitent les réseaux, aux contrats et aux tribunaux.

Synthèse des Notes 1 à 74, de décembre 2025 à septembre 20268 min de lecture

En chiffres

11
Droits que chaque réseau devrait détenir face à son registre, énoncés sur une seule page. Note 72
3
Règles de conception pour un registre partagé : une spécification minimale, des décisions locales, une adoption volontaire. Note 64
10
Jours ouvrés pour enregistrer un transfert ordinaire, selon mon projet de règles pour AFRINIC. Note 71

L’essentiel

  1. Un seul critère pour chaque règle : de quoi les réseaux en fonctionnement ont-ils réellement besoin ?
  2. Ne mettre en commun qu’une couche minimale : numéros uniques, preuve de contrôle, enregistrements exacts et sécurité. Le reste revient aux opérateurs.
  3. Enregistrer les transferts au lieu d’approuver des plans d’affaires, et ne retirer des adresses que pour des motifs précis et susceptibles de recours.
  4. Rendre le départ possible, puis avancer par étapes vers un registre que chaque réseau peut vérifier lui-même.

Partir de ce dont les réseaux en fonctionnement ont besoin

Internet s’est construit sur une discipline d’ingénieur toute simple : le consensus approximatif et le code en fonctionnement. Les normes tiraient leur autorité du fait qu’elles marchaient sur de vrais réseaux, non de la décision d’un comité. Les registres ont emprunté leur légitimité à cette tradition, puis l’ont retournée, en se servant de leurs politiques pour passer outre des réseaux qui fonctionnaient déjà.

Le correctif, je l’appelle la primauté du code en fonctionnement. Chaque règle d’un registre devrait être soumise à une seule question : qu’est-ce qui casse dans l’Internet réel si ce point n’est pas tranché de façon centralisée ? Si la réponse est l’unicité, l’interopérabilité, l’exactitude des enregistrements, la sécurité ou la continuité, la règle peut relever de la couche commune. Si rien ne casse, la règle ne relève pas de la coordination. C’est du pouvoir, et sa place est ailleurs.

“When registry procedure conflicts with running networks, running networks prevail.”

Note 72 · The Bill of Rights of Uniqueness Coordination · Original en anglais

Une couche commune minimale, tout le reste au niveau local

Dans la Note 64, j’ai énoncé trois règles de conception pour tout registre partagé de ce type. Spécification initiale minimale : n’inscrire que ce que chaque participant doit partager, sous une forme que chacun peut vérifier. Décision future locale : laisser chaque opérateur décider lui-même des changements ultérieurs. Adoption volontaire : une nouvelle règle devient réalité lorsque les réseaux choisissent de l’appliquer, et choisir de ne pas le faire n’est pas une infraction.

Appliquée aux registres, la couche commune ne conserve que ce dont les réseaux en fonctionnement ont besoin. La location, la localisation des clients, les prix, le financement et les modèles économiques reviennent à l’opérateur, aux contrats et aux marchés et, lorsqu’une contrainte est nécessaire, au droit public et aux tribunaux. Les numéros qui composent une adresse IP fonctionnent partout parce que personne ne les soumet à une licence ; le registre qui garantit leur unicité devrait être tout aussi banal.

« Le meilleur problème de gouvernance est celui que la conception du système élimine. »

Note 65 · Primauté du code en cours d’exécution : le correctif nécessaire pour préserver la conception originale d’Internet

Enregistrer les transferts, cesser d’approuver des plans d’affaires

Un registre foncier inscrit le propriétaire d’un champ sans se demander si ses projets sont judicieux. Un registre des numéros d’Internet devrait fonctionner de la même façon. Il devrait vérifier que le transfert est authentique, que les numéros ne sont pas enregistrés deux fois et que les données sont exactes, puis l’inscrire dans des délais fixes : dans mon projet pour AFRINIC, dix jours ouvrés pour un transfert ordinaire et vingt entre registres. Il ne devrait refuser que pour des défauts limitativement énumérés, par écrit, avec des motifs, des preuves et une voie de recours.

Le retrait d’adresses devrait être tout aussi encadré : une décision de justice ou une décision indépendante, une fraude prouvée, un doublon impossible à résoudre, un abandon déclaré par écrit, une urgence de sécurité brève et soumise à contrôle, ou un défaut de paiement après mise en demeure. Les données de sécurité qui protègent le routage doivent rester neutres et ne jamais servir de levier contre les membres. Lorsque des titulaires sont en désaccord, le registre devrait signaler le litige et conserver le dernier état vérifié pendant qu’une instance indépendante tranche. Un registre ne devrait jamais être à la fois greffier, partie, juge et bourreau.

“The registry may verify that a transfer does not break the Internet. It may not decide whether the transfer deserves to exist.”

Note 72 · The Bill of Rights of Uniqueness Coordination · Original en anglais

Rendre le départ possible

L’obligation de rendre des comptes commence avec la possibilité de partir. Vous pouvez changer d’opérateur mobile en gardant votre numéro, et votre opérateur se comporte en conséquence. Un réseau devrait pouvoir transférer l’enregistrement de ses adresses, avec les données, la preuve de contrôle et les informations de sécurité, vers un successeur qualifié, sans renumérotation et sans demander la permission au registre qu’il quitte.

Il ne s’agit pas, pour une entreprise, de passer d’un registre à un autre en tant que membre. Il s’agit de la ressource : un bloc d’adresses donné ne doit pas rester prisonnier de la défaillance, de la capture ou du litige d’une seule institution.

La continuité se conçoit, elle ne se présume pas. L’état du registre devrait être versionné, audité de manière indépendante et copié hors du contrôle de toute organisation unique. Les services d’annuaire ont besoin d’un basculement testé, et le système de sécurité d’une succession planifiée de ses clés et de ses dépôts, car une sauvegarde statique ne suffit pas. Dans leurs propres réflexions sur les plans de secours, les registres admettent déjà qu’un autre opérateur puisse reprendre le service. Ils n’ont pas encore admis que ce choix ne peut pas revenir au même club.

« Une infrastructure indispensable exige des administrateurs remplaçables. »

Note 70 · Le sophisme de la continuité du registre — Protéger le registre, pas le gardien

À terme : un registre que chaque réseau peut vérifier

Aujourd’hui, un réseau doit croire le registre sur parole quant au contenu de ses enregistrements. L’aboutissement que je défends est différent : l’état du registre est partagé et vérifiable, de sorte que chaque réseau peut constater par lui-même qui détient quels numéros, et qu’aucune institution n’est à elle seule la source de la validité. Un registre distribué est l’une des manières de le construire. Ce qui compte, c’est la vérification indépendante et la portabilité, pas une technologie, un jeton ou une monnaie en particulier.

Il n’est pas nécessaire d’y parvenir par une rupture. Le chemin passe par des étapes : rendre le système visible, protéger la continuité des réseaux en fonctionnement, coordonner les titulaires exposés, et seulement ensuite passer à une architecture plus légère. Pendant la transition, les registres existants peuvent continuer à tenir les enregistrements et à publier les services, dès lors qu’ils cessent de juger les transactions commerciales. AFRINIC elle-même peut continuer, en opérateur étroit, responsable et remplaçable.

Le travail d’ingénierie est réel : l’authentification, les historiques contradictoires, les clés compromises et la succession sécurisée sont autant de problèmes à résoudre. Je préfère les nommer plutôt que de faire comme s’ils n’existaient pas.

« L’objectif à plus long terme est un état portable et vérifiable de manière indépendante — et non un comité de remplacement administrant le même test des besoins. »

Note 74 · Base de données requise et pré-approbation — Le droit de veto du RIR sur les transferts IPv4

Pourquoi ni nouveaux dirigeants, ni gouvernements, ni instance mondiale élargie ?

De nouveaux dirigeants. Un meilleur conseil peut améliorer un registre pendant un temps, mais le conseil suivant hérite du même veto. Le but n’est pas d’avoir un souverain plus bienveillant. C’est d’en finir avec la prétention à la souveraineté.

Les gouvernements. Les États peuvent et doivent faire respecter leurs propres lois par leurs propres tribunaux, et c’est là que doivent se prendre les décisions contraignantes. Confier aux gouvernements le système de numérotation lui-même ouvrirait la porte à la censure, à la fragmentation et aux pressions politiques sur le routage, et près de deux cents États ne s’accorderont jamais sur un registre unique.

Une instance mondiale élargie. Donner davantage d’autorité à l’ICANN, à l’organe de coordination des registres ou à un forum des Nations unies reviendrait à construire une version agrandie de la même barrière. Un forum permanent reste un forum.

Une responsabilité accrue, et rien d’autre. Obliger les registres à payer pour les dommages qu’ils causent donnerait un prix à ces dommages, mais la responsabilité n’achète pas le droit de gouverner. Le meilleur remède consiste à supprimer le pouvoir qui les cause.

« La tenue de registres n’est pas synonyme de souveraineté. »

Note 53 · Sur Internet, les ressources numériques ne sont pas une propriété politique

Les questions qu’on me pose

S’agit-il d’un projet blockchain ?

Non. Cette architecture exige des enregistrements que chaque réseau peut vérifier de manière indépendante et emporter avec lui. Un registre distribué peut être le bon outil pour cela, mais la proposition ne dépend d’aucun jeton, d’aucune monnaie ni d’aucun projet crypto. Elle repose sur la vérifiabilité, la portabilité et la continuité.

Dans les NotesNote 58Note 64Note 65

La portabilité ne risque-t-elle pas de fragmenter Internet ?

La portabilité prévient la fragmentation au lieu de la provoquer. Quand les réseaux ne peuvent pas partir, ils contournent un registre auquel ils ne font plus confiance, et c’est ainsi qu’apparaissent des registres concurrents. Une procédure de départ bien définie préserve un registre commun unique. Partir a un coût, par exemple davantage d’entrées dans les tables de routage ; ce coût doit être géré, pas servir de prétexte à l’enfermement.

Dans les NotesNote 67Note 71

Si le registre ne peut pas reprendre les adresses, qui arrête les abus et la fraude ?

Ceux qui les arrêtent partout ailleurs : les opérateurs, leurs clients, les contrats, les tribunaux et les forces de l’ordre. Un registre devrait publier un moyen de joindre chaque réseau et corriger les enregistrements falsifiés. Retirer ses adresses à un réseau punit ses clients innocents en même temps que l’éventuel fautif.

Dans les NotesNote 28Note 70Note 71

Voulez-vous faire des adresses IP une propriété privée ?

La proposition ne dépend pas de ce mot. Elle demande aux registres de cesser de traiter leurs enregistrements comme une source de propriété. Les titulaires peuvent avoir des intérêts juridiques et économiques au regard du droit qui leur est applicable ; le registre ne possède pas ces intérêts et ne les crée pas non plus. Son travail, c’est d’enregistrer.

Dans les NotesNote 53Note 71Note 72

Les registres actuels disparaîtraient-ils ?

Pas nécessairement. Ils disposent d’un savoir-faire opérationnel et de systèmes précieux, et ils peuvent continuer à faire fonctionner des services pendant une transition. Ce qui doit disparaître, c’est la prétention à gouverner. Un registre peut continuer aussi longtemps qu’il enregistre avec exactitude, s’en tient à un rôle étroit et peut être remplacé.

Dans les NotesNote 67Note 70

Les Notes à l’origine de cette page

Chaque section ci-dessus est une synthèse. Le raisonnement complet se trouve dans ces Notes.

  1. Note 72 · Original en anglaisThe Bill of Rights of Uniqueness CoordinationToute la proposition en une page : onze droits dont dispose chaque réseau.
  2. Note 64 · Original en anglaisMinimum Initial Specification, Localized Future Decision, and Voluntary Adoption for Internet Coordination SystemTrois règles de conception pour un registre commun sans autorité permanente.
  3. Note 65Primauté du code en cours d’exécution : le correctif nécessaire pour préserver la conception originale d’InternetLa primauté du code en fonctionnement : le correctif à apporter à la conception originelle d’Internet.
  4. Note 70Le sophisme de la continuité du registre — Protéger le registre, pas le gardienCe qu’exige réellement la continuité, et un plan pour l’assurer.
  5. Note 67Quand la compagnie des eaux dit que votre maison lui appartientPourquoi un réseau doit pouvoir partir avec ses adresses.
  6. Note 71Le miroir des politiquesUn jeu complet d’amendements qui ramènerait un registre à la simple tenue des enregistrements.
  7. Note 74Base de données requise et pré-approbation — Le droit de veto du RIR sur les transferts IPv4Pourquoi les registres devraient vérifier les transferts, et non approuver des investissements.
  8. Note 13Décentralisation de l’enregistrement mondial des adresses IP grâce à la technologie des registres distribuésMa première esquisse d’un registre distribué des adresses IP.
Toutes les Notes