Comment les FAI obtiennent et gèrent leurs adresses IP : allocation, pénurie d’IPv4 et migration vers IPv6
À partir de l’évolution du système d’allocation des adresses Internet, cet article explique comment les FAI obtiennent et gèrent leurs ressources IP, ainsi que les liens entre pénurie d’IPv4, découpage en sous-réseaux, migration vers IPv6, transferts d’adresses, sécurité et gouvernance de l’Internet.

Les fournisseurs d’accès à Internet (FAI, ou ISP en anglais) permettent aux particuliers, aux entreprises et aux organismes de toutes sortes de se connecter à Internet. Derrière ce service, au-delà de la fibre optique, des routeurs et des liaisons d’interconnexion, se trouve un travail de fond permanent : obtenir les ressources en adresses IP adaptées et les utiliser de manière organisée pour le réseau et les connexions des clients.
Pour comprendre ce travail, il faut examiner à la fois le système d’allocation des adresses et la gestion interne des réseaux des opérateurs. Le premier détermine la provenance des adresses et les règles selon lesquelles elles circulent ; la seconde concerne leur configuration, leur utilisation, leur récupération et leur protection. À mesure que les ressources IPv4 disponibles pour de nouvelles allocations se raréfient, ces deux dimensions s’entremêlent avec le marché des transferts d’adresses et le déploiement d’IPv6. Cet article part de cette évolution historique pour expliquer comment les FAI gèrent la tension entre les ressources en adresses et la croissance des réseaux.
Note de la rédaction (8 octobre 2026) : le titre et la description du manuscrit initial renvoyaient à tort aux difficultés rencontrées par les courtiers en adresses IP sur le marché. Ils ont été corrigés pour correspondre au contenu de l’article, et les formulations relatives à l’allocation des adresses, à l’épuisement d’IPv4 et aux mécanismes de sécurité ont été révisées. Les événements historiques mentionnés dans le texte ne décrivent pas les conditions précises d’allocation actuellement en vigueur dans chaque région.
1. Pourquoi les grands réseaux ont besoin d’une gestion des adresses IP
Les FAI constituent une composante essentielle de l’infrastructure Internet. Le réseau d’un grand opérateur peut relier plusieurs millions d’utilisateurs : il doit maintenir les connexions existantes tout en accueillant de nouveaux clients, équipements et services. Les adresses IP fournissent aux interfaces réseau des identifiants logiques qui permettent d’acheminer les paquets vers le réseau de destination à partir des adresses et des informations de routage. Un conflit, une omission ou une incohérence entre la configuration des adresses et le routage peut perturber les communications, même lorsque les liaisons et les équipements fonctionnent normalement.
La gestion des adresses IP ne consiste donc pas simplement à prélever une adresse dans un pool pour la remettre à un client. Les opérateurs doivent savoir quelles adresses sont déjà attribuées, lesquelles restent disponibles, lesquelles sont réservées à une extension future et lesquelles peuvent être récupérées après le départ d’un client ou une modification du réseau. Les différentes zones d’accès, les entreprises clientes, l’infrastructure et les systèmes de service nécessitent également des plages d’adresses clairement délimitées et des données de configuration cohérentes.
Il s’agit d’une tâche d’exploitation complexe et continue. Une bonne gestion réduit les erreurs de configuration, facilite le diagnostic des pannes et donne des bases plus solides à la planification des extensions ; une mauvaise gestion peut, à l’inverse, provoquer des conflits d’adresses, des erreurs d’évaluation des ressources disponibles et des interruptions de service. Toutefois, la gestion des adresses n’augmente pas en elle-même le débit physique de la fibre ou des ports et ne garantit pas non plus le débit de bout en bout. Les performances du service dépendent aussi de la capacité des liaisons, du routage, de la charge des équipements et d’autres conditions du réseau. Sa contribution à la fiabilité et à la capacité d’évolution tient surtout à la concordance qu’elle assure entre la planification des ressources et la réalité du réseau.
2. Les RIR et le système hiérarchisé d’allocation des adresses
La coordination des ressources de numérotation Internet repose sur un système hiérarchisé. Selon la présentation des responsabilités de l’IANA en matière de ressources de numérotation, l’IANA alloue généralement des pools d’adresses aux registres Internet régionaux (RIR), plutôt que directement aux FAI ordinaires. Chaque RIR procède ensuite aux allocations et aux enregistrements selon les politiques applicables dans sa région.
Pour un opérateur, il existe plusieurs voies d’obtention des adresses. Un FAI peut recevoir des ressources directement d’un RIR, mais aussi par l’intermédiaire d’un registre Internet national (NIR), d’un registre Internet local (LIR) ou d’un opérateur en amont ; certains FAI assurent eux-mêmes le rôle de LIR. La voie empruntée dépend de l’organisation régionale, du statut de l’organisme et des accords commerciaux. Cette hiérarchie concerne avant tout la coordination et l’enregistrement des ressources : elle ne signifie pas que le trafic Internet doive traverser successivement chacun de ces organismes.
Une fois un bloc d’adresses obtenu, l’opérateur le subdivise en fonction de la structure de son réseau et affecte les différentes parties à l’accès des clients, aux systèmes de service ou à l’infrastructure réseau. En général, un réseau de plus grande taille doit prévoir davantage de ressources en adresses, mais le nombre de clients ne suffit pas, à lui seul, à déterminer la taille du bloc nécessaire. Le mode d’utilisation des adresses publiques, les mécanismes de partage d’adresses, les types de services et les prévisions de croissance influencent tous les besoins.
Prenons la longueur des préfixes IPv4 : un bloc /24 contient exactement 256 adresses et un bloc /16 en contient exactement 65 536. Ce ne sont que des exemples arithmétiques de la taille de l’espace d’adressage. Ils ne permettent pas d’affirmer qu’un /24 suffit à desservir une petite ville ou qu’un /16 suffit à un FAI d’envergure nationale. Ils ne correspondent pas non plus à des tailles d’allocation que les registres s’engageraient aujourd’hui à fournir. Le nombre total d’adresses peut par ailleurs différer du nombre effectivement utilisable pour configurer certains types d’hôtes ou d’interfaces, selon la structure des sous-réseaux et l’usage prévu.
Les politiques d’allocation doivent concilier la satisfaction des besoins légitimes, la préservation des ressources disponibles et l’exactitude des enregistrements. La justification des besoins, les relevés d’utilisation et les procédures prévues par les politiques contribuent à limiter l’accaparement injustifié. Ils ne garantissent toutefois pas que chaque FAI puisse obtenir suffisamment d’adresses, et le système hiérarchisé ne peut, à lui seul, éliminer entièrement le risque de thésaurisation.
3. Pourquoi l’épuisement d’IPv4 reste un problème d’exploitation
IPv4 utilise des adresses de 32 bits : son espace d’adressage est limité, et la part disponible pour l’allocation publique courante est encore restreinte par les usages spéciaux et les allocations déjà effectuées. Avec la croissance des besoins de connexion à Internet, l’offre de nouvelles adresses est progressivement devenue un facteur limitant. Cette évolution comporte un jalon historique précis : le 3 février 2011, la Number Resource Organization (NRO) a annoncé l’épuisement du pool central d’adresses IPv4 non allouées de l’IANA.
L’épuisement du pool central ne signifie pas que tous les RIR ont cessé leurs allocations le même jour, ni que les adresses précédemment obtenues sont devenues invalides, ni que les connexions Internet existantes ont été interrompues. Dans chaque région, la consommation des ressources restantes, le traitement des adresses récupérées et les modalités d’allocation ultérieures ont suivi leur propre calendrier et leurs propres politiques. Pour les FAI, le changement essentiel tient au fait qu’ils ne peuvent plus considérer l’obtention continue de nouvelles adresses IPv4 comme acquise : leur expansion doit tenir compte de la disponibilité des ressources et du coût de leur acquisition.
Les opérateurs doivent donc combiner plusieurs approches : mieux gérer les adresses existantes, déployer IPv6, utiliser la traduction d’adresses pour les services qui s’y prêtent et obtenir des ressources IPv4 par des transferts conformes aux politiques applicables. Ces approches répondent à des problèmes différents. Récupérer des adresses inutilisées améliore l’utilisation des ressources internes, sans agrandir l’espace IPv4 total ; transférer des adresses permet de réaffecter des ressources existantes, sans créer de nouvelles adresses IPv4.
La traduction d’adresses permet de prendre en charge davantage de connexions avec un nombre limité d’adresses IPv4 publiques, mais il faut distinguer le NAT de base de la traduction d’adresses réseau et de ports (NAPT). La présentation du NAT traditionnel et du NAPT dans la RFC 3022 précise que le NAPT traduit à la fois les adresses et les identifiants de la couche transport, ce qui permet à plusieurs nœuds internes de partager une même adresse externe. Lorsqu’on dit couramment que « plusieurs appareils partagent une adresse IPv4 publique grâce au NAT », cela inclut généralement ce mécanisme de traduction des ports.
Ce partage a aussi un coût : les équipements de traduction doivent conserver un état des connexions, le nombre de ports disponibles et la capacité en sessions sont limités, les connexions initiées depuis l’extérieur et certains protocoles applicatifs peuvent nécessiter un traitement supplémentaire, et le diagnostic des pannes comme l’identification a posteriori des utilisateurs deviennent plus complexes. Ce mécanisme modifie les conditions de communication directe de bout en bout. Il convient donc davantage de le considérer comme un outil pour atténuer la pression sur IPv4 que comme un moyen d’accroître indéfiniment la capacité d’adressage.
IPv6 offre une voie d’extension à long terme, mais les anciens équipements, les anciennes applications et les réseaux qui dépendent encore d’IPv4 empêchent une migration immédiate. Les opérateurs doivent maintenir leurs services existants tout en investissant dans les réseaux de nouvelle génération. C’est précisément pour cette raison que la pénurie d’adresses constitue un problème durable d’exploitation, et non une simple bascule technique.
4. Comment l’IPAM et le découpage en sous-réseaux améliorent l’utilisation des ressources
Les systèmes de gestion des adresses IP (IPAM) aident les opérateurs à consigner les blocs d’adresses, les sous-réseaux, leur état d’utilisation et les configurations associées. Ils peuvent aussi s’intégrer aux processus de configuration automatisée. Ils permettent aux équipes d’exploitation de mieux visualiser la répartition des ressources réseau, de comparer les données d’attribution à l’utilisation réelle, de repérer les conflits ou les ressources durablement inutilisées et d’étayer la planification des capacités.
Ces fonctions peuvent réduire les omissions et les incohérences liées à la tenue manuelle de tableaux, mais leur efficacité dépend toujours de la qualité des données, de l’intégration des systèmes et des pratiques quotidiennes. Des données obsolètes, des procédures de récupération incomplètes ou des erreurs de configuration automatisée peuvent éloigner le système de gestion de la réalité du réseau. L’IPAM contribue donc à améliorer le taux d’utilisation, sans garantir l’absence totale de gaspillage. Une adresse indiquée comme « libre » dans une base de données n’est pas nécessairement une adresse que l’on peut réattribuer sans risque.
Le découpage en sous-réseaux est un autre outil fondamental. Les opérateurs divisent les grands blocs d’adresses en unités plus petites, affectées à différentes zones, différents services internes, groupes de clients ou types de services. Un découpage clair permet de circonscrire les opérations de configuration et de diagnostic, tout en facilitant le rapprochement entre les besoins en ressources et les activités concernées.
Un découpage plus fin n’est toutefois pas toujours préférable. Des réserves trop importantes peuvent laisser des ressources inutilisées pendant longtemps, tandis qu’une fragmentation excessive peut accroître la complexité de gestion et limiter les extensions futures. Une planification efficace doit tenir compte à la fois de l’utilisation actuelle et d’une marge de croissance raisonnable, puis évoluer à partir des relevés d’utilisation. Un FAI qui ne maîtrise pas ces paramètres peut connaître des tensions dans certains pools alors même que des ressources inutilisées restent dispersées ailleurs, ou épuiser sa capacité d’attribution plus tôt que prévu.
5. Migration vers IPv6 et modernisation de l’infrastructure réseau
IPv6 agrandit l’espace d’adressage au niveau du protocole. Selon la RFC 8200, qui spécifie IPv6, la longueur des adresses passe de 32 bits pour IPv4 à 128 bits. L’espace d’adressage complet comprend 2128 adresses, soit environ 3,4 × 1038. Il s’agit de la taille totale de l’espace d’adressage du protocole : cela ne signifie pas que toutes les combinaisons de bits puissent être attribuées à des interfaces routables à l’échelle mondiale. Il faut également tenir compte des usages spéciaux, des plages réservées et de la structure réelle des allocations.
Cet immense espace d’adressage offre une marge de planification beaucoup plus confortable pour la croissance des réseaux, mais déployer IPv6 ne se résume pas à obtenir un nouveau bloc d’adresses. Les opérateurs doivent vérifier que les équipements de cœur et d’accès, les routeurs des clients, les systèmes de configuration des adresses, les plateformes de supervision et les procédures d’exploitation prennent correctement en charge IPv6. Les équipements ou logiciels incompatibles peuvent nécessiter une mise à niveau ou un remplacement, et les clients peuvent également devoir adapter leur propre configuration réseau.
Au cours d’un déploiement progressif, un FAI peut proposer IPv6 pour les nouvelles connexions tout en maintenant ses services IPv4 existants ; la double pile et d’autres mécanismes de transition permettent alors la coexistence des deux protocoles. Le déploiement d’IPv6 n’entraîne pas automatiquement l’abandon de toutes les ressources IPv4 : les utilisateurs peuvent encore avoir besoin d’accéder à des services qui ne prennent en charge qu’IPv4, et les équipements comme les applications des clients ne sont pas tous mis à niveau au même moment.
La migration relève donc à la fois de la planification de l’adressage et de la modernisation de l’infrastructure et des capacités d’exploitation. Elle exige des investissements continus, des tests et une préparation des équipes. Son rythme dépend du cycle de vie des équipements, des besoins des clients et de l’environnement d’interconnexion. L’histoire de ce déploiement progressif montre que répondre à la croissance des besoins d’adressage impose de concilier les possibilités du nouveau protocole avec la continuité des services existants.
6. Le rôle du marché des transferts IPv4 et les enjeux d’équité
Lorsque l’offre de nouvelles adresses IPv4 devient limitée, des ressources déjà allouées mais devenues inutiles ou insuffisamment utilisées peuvent être remises en circulation par transfert. Le marché secondaire qui en résulte offre aux FAI et aux autres organismes une autre voie d’accès aux adresses, réduisant leur dépendance aux seules nouvelles allocations ordinaires.
Ce que l’on appelle couramment « acheter et vendre des adresses IP » recouvre généralement des modalités de transfert de leur utilisation et de leur enregistrement. Les parties doivent toujours respecter les politiques du registre concerné, les dispositions contractuelles et les exigences légales applicables ; le paiement ne remplace pas les procédures d’enregistrement ou de transfert requises. Ces exigences varient selon la région et les modalités retenues : elles ne se résument pas à un ensemble unique de règles encadrant les transactions à l’échelle mondiale.
Les courtiers ou prestataires d’assistance au transfert peuvent aider à trouver une contrepartie et à coordonner les démarches, mais cela ne permet pas d’affirmer que tous les transferts doivent passer par un courtier. Dans son annonce du 7 août 2023, l’ARIN précise explicitement que le recours à un prestataire d’assistance pour un transfert d’adresses IPv4 ou de numéros de système autonome est facultatif. Cette précision historique suffit à corriger l’affirmation selon laquelle « le passage par un courtier est toujours obligatoire », mais elle ne doit pas être extrapolée pour suggérer que les autres régions n’ont pas leurs propres exigences réglementaires ou légales.
Les transferts permettent à des ressources inutilisées de répondre à de nouveaux besoins réseau, tout en soulevant des questions de concentration et d’équité d’accès. Si les détenteurs choisissent de ne pas remettre leurs adresses en circulation pendant une longue période, ou si les acteurs disposant de davantage de capitaux peuvent acquérir continuellement des ressources rares, les petits opérateurs et les nouveaux entrants risquent de subir des coûts plus élevés ou de disposer de moins de choix. Ce sont des mécanismes potentiels qui méritent attention ; sans preuves, ils ne peuvent être présentés comme la démonstration que quelques groupes contrôlent déjà le marché.
Le débat ne peut pas non plus se limiter à la question d’autoriser ou non les transactions. Maintenir l’exactitude des enregistrements, rendre les règles plus transparentes et trouver un équilibre entre circulation des ressources, besoins légitimes et possibilités de concurrence relèvent tous de la gouvernance des ressources de numérotation. Le marché peut atténuer le manque de ressources d’un FAI donné, mais il ne peut, à lui seul, supprimer la pression structurelle liée à la taille limitée de l’espace IPv4.
7. Les limites des mécanismes de sécurité dans la gestion des adresses
Une fois les adresses IP mises en service, leur gestion doit s’articuler avec la sécurité du réseau. Les opérateurs doivent faire face à l’usurpation d’adresses, aux anomalies de routage, aux activités abusives et aux attaques par déni de service distribué (DDoS), tout en conservant les correspondances entre clients, adresses, horaires et données de configuration. Des données précises sur les ressources facilitent les enquêtes et le traitement des incidents, mais « avoir obtenu légalement un bloc d’adresses » ne signifie pas que le trafic ou les systèmes associés soient sûrs par nature.
La supervision BGP suit les changements des annonces de routage Internet et peut aider les opérateurs à repérer des origines inhabituelles, des variations de joignabilité ou d’autres phénomènes méritant une investigation. Elle fournit des observations et des alertes ; elle ne prouve pas, en elle-même, la validité de l’enregistrement des adresses et ne bloque pas automatiquement les détournements de routes. Déterminer si une anomalie constitue une attaque nécessite toujours de la rapprocher du fonctionnement du réseau et d’autres éléments de preuve.
La RPKI et les autorisations d’origine de route (ROA) fournissent, quant à elles, des informations vérifiables sur l’autorisation qui lie un préfixe donné à un système autonome d’origine. La validation de l’origine des routes BGP décrite dans la RFC 6811 utilise ces informations pour vérifier que le préfixe et l’AS d’origine d’une annonce de route sont conformes à l’autorisation. Son périmètre se limite à la validation de l’origine : elle ne valide pas l’ensemble du chemin d’AS, ne tranche pas la question de la propriété contractuelle et ne protège pas contre tous les types d’attaques réseau.
DNSSEC traite un problème situé à un autre niveau. Selon la présentation des extensions de sécurité du DNS dans la RFC 4033, il fournit l’authentification de l’origine des données DNS, la vérification de leur intégrité et une preuve vérifiable de l’inexistence de certaines données. Il ne vérifie pas la légalité de l’allocation des adresses IP, ne supervise pas le routage BGP et n’assure ni la confidentialité du trafic ni la protection contre les attaques DDoS. Même si une réponse DNS est validée, on ne peut pas en déduire que le service correspondant à cette adresse est exempt de risques de sécurité.
Chacun de ces mécanismes remplit une fonction propre. Les données d’adressage et de configuration, la supervision du routage, la validation de l’origine, les mesures contre l’usurpation d’adresses et le traitement des attaques constituent ensemble les pratiques d’exploitation ; ils ne sont pas interchangeables. Une gestion désordonnée peut augmenter les risques d’erreur de configuration, d’utilisation abusive des ressources et de difficultés de traitement des incidents. Si des erreurs de configuration du contrôle d’accès sont en cause, elle peut également accroître le risque d’exposition des données. Il serait toutefois simpliste d’établir un lien de causalité direct entre la gestion des pools d’adresses et chaque attaque ou fuite de données.
8. Comment les FAI participent à la gouvernance de l’Internet
L’influence des FAI sur Internet ne se limite pas à la fourniture d’accès. Leur expérience de l’allocation des adresses, de la connexion des clients, de l’interconnexion entre réseaux et du traitement des pannes peut apporter des bases concrètes aux politiques de gestion des ressources de numérotation et aux normes techniques. À mesure que la rareté des adresses, la migration vers IPv6 et les besoins de sécurité interagissent, la participation des opérateurs aide à faire connaître, dans les débats publics, les contraintes réelles de réseaux de tailles différentes.
Il faut ici distinguer les politiques relatives aux ressources de numérotation des normes de protocole. Les communautés des RIR débattent des règles d’allocation et de gestion des ressources dans le cadre de leurs propres processus d’élaboration des politiques. Par exemple, le processus d’élaboration des politiques du RIPE permet aux différentes parties de participer aux discussions sur les listes de diffusion des groupes de travail et lors des réunions. Les FAI peuvent soulever des questions, soumettre des propositions et commenter les projets ; ces processus ne permettent pas aux opérateurs de fixer unilatéralement les règles et ne sont pas réservés aux grands détenteurs de ressources.
Le rôle principal de l’IETF consiste, pour sa part, à élaborer les normes techniques de l’Internet, et non à allouer des blocs d’adresses aux FAI. Les informations de l’IETF sur la participation décrivent explicitement des voies ouvertes de contribution. Les professionnels de l’exploitation des réseaux peuvent ainsi échanger avec les autres participants sur la conception des protocoles, leur mise en œuvre et les retours d’expérience en exploitation. Les politiques relatives aux ressources de numérotation et les normes de protocole sont liées, mais elles relèvent de responsabilités et de processus d’élaboration distincts.
Le système de coordination mondiale dans lequel s’inscrivent l’ICANN et l’IANA fait également partie de ce contexte. Il ne faut cependant pas confondre coordination mondiale, politiques régionales de gestion des ressources de numérotation et ingénierie des protocoles en les ramenant à une seule instance de décision. Les opérateurs doivent comprendre ces limites pour porter chaque problème devant l’enceinte de discussion appropriée.
Dans cette perspective, les FAI sont à la fois des utilisateurs de ressources en adresses et des acteurs du développement continu de l’Internet. Ils peuvent apporter aux débats publics les enseignements tirés des contraintes d’expansion, des incidents de sécurité et des besoins des clients, et contribuer avec les autres parties prenantes à préserver l’ouverture, l’accessibilité et la sécurité de l’Internet. La gouvernance des adresses consiste précisément à rechercher en permanence, entre des ressources limitées et des besoins de connexion changeants, des modalités de fonctionnement viables, explicables et équitables.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que l’allocation des adresses IP ?
Au sens large, il s’agit du processus qui consiste à mettre des ressources en adresses à la disposition d’organismes ou de réseaux, puis à configurer les adresses des sous-réseaux et des interfaces. La coordination mondiale des ressources commence généralement par l’allocation de pools par l’IANA aux RIR ; elle peut ensuite passer par des NIR, des LIR ou des FAI. Les adresses publiques unicast doivent rester uniques dans le périmètre de routage mondial concerné ; les adresses privées peuvent, quant à elles, être réutilisées dans des réseaux indépendants les uns des autres. L’allocation des adresses ne signifie donc pas que chaque appareil doive obtenir une adresse publique qui lui soit exclusivement réservée.
Pourquoi l’épuisement d’IPv4 pose-t-il problème ?
Parce que les besoins des réseaux et des clients continuent de croître, alors que les ressources IPv4 disponibles pour de nouvelles allocations sont limitées. L’épuisement du pool central en 2011 marque une étape importante de ce processus historique ; il ne signifie pas que toutes les allocations ont cessé simultanément dans toutes les régions et n’invalide pas les adresses déjà utilisées. Pour les opérateurs, le problème se traduit surtout par une plus grande difficulté à obtenir des ressources lors des extensions. Ils doivent y répondre en combinant une gestion plus efficace, le partage d’adresses, les transferts de ressources et le déploiement d’IPv6.
Pourquoi les FAI utilisent-ils le découpage en sous-réseaux ?
Le découpage en sous-réseaux permet d’organiser de grands blocs d’adresses en unités plus petites adaptées à différentes zones, différents services internes, activités ou groupes de clients. Il rend la configuration, la localisation des pannes et la planification des capacités plus claires. Il contribue à limiter l’utilisation injustifiée des ressources, mais n’augmente pas le nombre total d’adresses et ne garantit pas l’absence de gaspillage. Le découpage doit concilier les besoins actuels et la croissance future, en évitant aussi bien des réserves trop importantes qu’une fragmentation excessive.
Qu’est-ce que le NAT et comment atténue-t-il l’épuisement d’IPv4 ?
Le NAT est la traduction d’adresses réseau. Dans le cas courant où plusieurs équipements internes partagent une adresse IPv4 publique, on utilise généralement aussi la traduction des ports, c’est-à-dire le NAPT. Cela réduit le besoin d’adresses publiques individuelles et permet aux ressources existantes d’accompagner plus longtemps la croissance des services. Toutefois, ce mécanisme doit conserver l’état des traductions et reste soumis à des contraintes telles que le nombre de ports et la capacité en sessions. Il peut aussi compliquer les connexions entrantes, la compatibilité des applications et le diagnostic des pannes. Il ne remplace pas la capacité d’extension de l’adressage à long terme offerte par IPv6.
Qu’entend-on par commerce d’adresses IP ?
Dans un contexte de pénurie d’IPv4, cette expression désigne généralement le transfert de ressources en adresses existantes entre organismes dans le cadre d’accords commerciaux, avec l’accomplissement des enregistrements et des formalités exigés par les politiques applicables. Il permet à des ressources devenues inutiles pour leurs détenteurs de rejoindre des réseaux qui en ont réellement besoin, mais ne crée aucune nouvelle adresse IPv4. Les transactions peuvent bénéficier de l’aide de courtiers ou d’autres prestataires, sans que leur intervention soit systématiquement obligatoire. Leur conformité doit être appréciée au regard des règles du registre concerné, des contrats et du droit applicable.