Comment les FAI obtiennent leurs adresses IP
D’où viennent les adresses IP ? Comment garder un réseau joignable ? Et pourquoi Lu Heng défend-il un registre dont on peut changer ?
Un fournisseur d'accès s'apprête à raccorder 1 000 logements. La fibre est posée, les routeurs sont prêts. Où trouver les adresses IP ? Et comment assurer le service une fois les premiers clients connectés ?
Une adresse IP indique une destination au trafic Internet. Pour un fournisseur d'accès à Internet, ou FAI, obtenir des adresses ne suffit donc pas. Il faut savoir à quoi elles servent et permettre aux autres réseaux de les joindre.

D'où viennent les adresses ?
IANA coordonne les ressources de numérotation à l'échelle mondiale et attribue des réserves aux registres Internet régionaux, les RIR. Un opérateur peut recevoir des ressources de son RIR, d'un registre national ou local, ou d'un opérateur en amont. Certains FAI sont eux-mêmes des registres locaux.
Pour IPv4, il peut aussi faire transférer un bloc existant ou louer des adresses. Le transfert change le titulaire enregistré selon la procédure applicable ; la location organise l'usage par contrat. Dans les deux cas, il faut identifier qui peut modifier les enregistrements et autoriser les annonces de routage. Payer pour des adresses ne suffit pas à rendre un réseau joignable.
Cette hiérarchie concerne l'attribution et l'enregistrement. Les données de votre connexion ne passent pas successivement par IANA et les registres.
Trois tâches pour rendre une adresse utile
- L'attribuer clairement. Un outil de gestion d'adresses, ou IPAM, suit les adresses utilisées, libres et réservées. Le découpage en sous-réseaux organise les blocs. Un bloc IPv4 /24 contient 256 adresses, sans garantir pour autant 256 raccordements clients.
- La rendre joignable. BGP permet aux réseaux d'échanger des routes : des indications sur la façon d'atteindre un bloc. Annonces, connexions aux opérateurs en amont et enregistrements doivent rester cohérents.
- Assurer la continuité. La validation d'origine RPKI aide à vérifier que le réseau qui annonce un bloc y est autorisé, pas à authentifier tout le trajet. DNSSEC traite un autre sujet : l'authenticité des données du DNS.
Dans le nouveau quartier, cela signifie prévoir la capacité, attribuer les adresses et tester les connexions. Lorsqu'un client part, il faut libérer son attribution et actualiser les données. La base de gestion accompagne ce travail d'exploitation ; elle ne le remplace pas.
Peut-on encore grandir quand la réserve IPv4 est vide ?
En 2011, IANA a distribué les derniers blocs de sa réserve centrale d'IPv4 libres. Les adresses déjà attribuées n'ont pas disparu : elles restent utilisées, transférées et louées. Les possibilités de nouvelle attribution varient selon les registres.
Le partage d'adresses, couramment appelé NAT, permet à plusieurs appareils d'utiliser une adresse IPv4 publique. Sa variante NAPT distingue les connexions grâce aux ports. Elle réduit le besoin d'adresses publiques, mais ajoute des états de connexion à gérer et complique certains accès entrants.
IPv6 offre un espace d'adressage bien plus vaste. Son déploiement demande néanmoins d'adapter équipements, applications et exploitation. Quand les clients ont besoin des deux protocoles, l'opérateur doit prévoir les deux. Le choix se juge à la qualité du service et à son coût total.
Dans sa Note 45 sur le récit de la pénurie, Lu Heng distingue une réserve d'attribution épuisée d'une ressource devenue inabordable. Il propose de comparer le coût réel des adresses à celui des équipements, du partage d'adresses et de l'exploitation des deux protocoles. La contrainte doit se mesurer sur le réseau concerné.
Qui doit avoir le pouvoir sur le registre ?
Imaginons maintenant que les logements soient connectés, mais que l'organisme tenant le registre fonctionne mal ou conteste un enregistrement. Les câbles et les clients sont toujours là. Pourtant, une modification des données ou des autorisations de routage peut changer la façon dont les autres réseaux acceptent les annonces de l'opérateur.
Lu Heng pose alors une question : comment un service de coordination nécessaire est-il devenu une dépendance pour un réseau en activité ? Pour lui, tenir un registre ne donne pas un mandat politique sur ses utilisateurs.
Il défend une coordination aux missions limitées : garantir des identifiants uniques, des données exactes et un contrôle vérifiable, avec un administrateur remplaçable. La portabilité permettrait de changer de prestataire de registre sans perdre ses ressources. C'est une proposition d'organisation, pas une liberté déjà disponible partout.
Préparer la continuité avant le conflit
Acquérir davantage d'adresses ne supprime pas la dépendance à un administrateur. Il faut savoir qui tient les données, qui contrôle les autorisations et comment organiser un relais. Une sortie viable exige une reconnaissance partagée, des données fiables et une passation réelle ; déclarer seul une nouvelle base « officielle » ne suffit pas.
Chaque nouveau client augmente la valeur du réseau et le coût d'une interruption. Découvrez les droits proposés par Lu Heng pour la coordination des numéros Internet : la gestion des adresses y mène à la continuité, à la responsabilité et à la possibilité de partir.
Sources techniques et lectures complémentaires
IANA : attribution des numéros · NRO : annonce de 2011 · RFC 3022 : NAT et NAPT
RFC 8200 : IPv6 · ARIN : intermédiaires de transfert (2023) · RFC 6811 : validation d’origine
RFC 4033 : sécurité du DNS · RIPE : politiques d’adressage · IETF : participer aux normes